Derain, Balthus, Giacometti 

Une amitié artistique

Du 30 janvier au 6 mai 2018 à la fondation Mapfre (Madrid)

Du 1er juin au 29 octobre 2017 au Musée d'art moderne de la ville de Paris 

LE MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS explore pour la première fois la relation entre trois artistes majeurs qu’une génération sépare. Une sélection de près de 90-100 peintures, des œuvres graphiques et des sculptures principalement des années 20 et jusqu’aux années 60, retrace les moments marquants de cette amitié artistique.

À travers leur “retour au musée”, au “beau métier”, le “voyage d’Italie”, l’attraction pour les arts non occidentaux et les primitivismes, Derain, Balthus et Giacometti jouent tout au long de leur vie de leur regard culturel, revisitent les codes de représentation de la peinture, les styles, le clair-obscur, la clarté formelle d’un dessin ciselé, la géométrie et “le chiffre”, sous-jacents dans toutes leurs compositions. Giotto, Piero, Masaccio, Durer, Ingres, Delacroix, Courbet, Corot, Cézanne, la liste est longue des peintres qui composent leur musée imaginaire, qu’ils invitent dans le “contretemps” de leurs ateliers. Ils revitalisent les thèmes anciens, portrait “mondain”, nature morte, paysage et scène de genre en de vastes compositions à personnages où rôdent les figures mythologiques et celles, omniprésentes, du peintre et son modèle, dans la proximité apparente du quotidien, ou de la rue. 

Dans les années 30, au moment où Giacometti revient, lui, à la figure et au visage, une sorte de conversation s’établit entre Balthus et Derain avec les portraits d’enfants au seuil de l’adolescence et les autoportraits, non sans une ironie distanciée et désabusée. Une temporalité ralentie, soulignée par Antonin Artaud, Albert Camus, Jean Leymarie colore d’étrangeté et déplace dans une sorte de hors temps la peinture du monde contemporain dans lequel pourtant ces créateurs s’inscrivent pleinement.

Partageant occasionnellement les mêmes marchands (Pierre Loeb, Pierre Colle, Pierre Matisse ) les trois hommes ont nombre d’amis et de relations en commun et parfois, les mêmes modèles, Isabel Delmer, muse de Derain et Giacometti ( avant d’être celle de Bacon) Laure de Noailles, Sonia Mossé, etc. L’art se met aussi en scène au théâtre, ce dont témoignent les portraits croisés d’actrice (Balthus et Derain peignent tous deux Lady Abdy), de Jean-Louis Barrault, et de décors pour l’opéra. 

Avec une verve fantaisiste et pleine d’humour, Balthus et Derain travaillent notamment dans les années 50 pour le festival d’Aix, alors que dix ans plus tard, Giacometti apporte son unique contribution à la scène avec le décor minimaliste de En attendant Godot, de Samuel Beckett. Derain “arbitre entre Picasso et Matisse” (André Salmon) est considéré comme chef de file d’un certain retour à l’ordre tout en donnant à la peinture une dramaturgie singulière : l’art comme “invention d’un pathétique” auquel répondent, tout aussi inclassables, la théâtralité et le sens infaillible de l’espace chez Balthus, une “griffe sombre” (Artaud) qui entre en écho avec les grands nus féminins par Derain, figures surprises dans leur attitude et leur geste, attendant que quelque chose survienne, invisible pour le regard commun, comme aussi le fascinant Objet invisible de Giacometti. Sa Clairière, sa Forêt et la Cage découpent l’infinie profondeur en ouvrant sur un autre monde. 

Sur le mode paradoxal du portrait anonyme, chacun effectue le sauvetage des têtes, au cœur d’une ressemblance flottant jusqu’à s’incarner en une Tête noire, dans le réseau serré des traits et détraits de Giacometti qui conjurent l’absorption lente dans le gouffre du fond, ou dans la stase (Jeune fille à sa toilette, Le Baigneur) pour Balthus. Giacometti se souvient de sa première rencontre vers 1936 avec un tableau de Derain « trois poires sur une table sur un immense fond noir » ajoutant «depuis ce moment toutes les toiles de Derain, sans exception, m’ont arrêté, toutes m’ont forcé à les regarder longuement, à chercher ce qu’il y avait derrière […] ». S’ancrant à rebours dans la figuration et revendiquant le passé de la peinture sur une scène artistique qui consacre les mouvements abstraits et le surréalisme, Derain, Balthus, Giacometti participent d’une généalogie et d’une modernité autres qui les relieraient à Edward Munch, à Pierre Bonnard, à Edward Hopper et à Lucian Freud. 

Après la disparition de Derain en 1954, Giacometti est à l’origine de la sauvegarde puis encourage Alice Derain et Pierre Cailler à la fonte en bronze de sculptures en terre cuite réalisées par Derain dans les années 30 dans sa propriété de Chambourcy, faisant connaître un pan jusqu’alors quasi inconnu de son œuvre. Balthus, devenu directeur de la Villa Medicis à Rome, rend lui aussi hommage à ses deux amis disparus, en 1970, avec une exposition Giacometti, et, en 1976, une rétrospective consacrée à Derain. 

 

 

 

Jacqueline Munck 

Commissaire de l’exposition

Conservateur en chef du patrimoine

Catalogue de l'exposition

Derain, Balthus, Giacometti,

Une amitié artistique

Paris Musées

49,90 euros.  

Hors-série Beaux-Arts éditions

Derain, Balthus, Giacometti,

Une amitié artistique

64 pages - 9,50 euros.  

Hors-série Connaissance des arts

Derain, Balthus, Giacometti,

Une amitié artistique

64 pages - 9,50 euros.  

"Derain, Balthus, Giacometti,
Les visiteurs du Noir",
par Philippe Lançon (11.06.2017)

Télérama du 14.06.2017

"Le cercle des amis disparus",
par Valérie Duponchelle (14.06.2017) 

Ecoutez le podcast de La Dispute,
émission du 07.06.2017

Titre du site

Ecoutez la chronique de Guy Boyer

Le 19-20 du 12.06.2017

"Une rencontre modèle",
Le Parisien magazine
du 16.06.2017

Le Télégramme,
édition de Vannes du 18.06.2017

"Les trois font la paire",

par Dominique Jamet
(23.06.2017)